Qu’est-ce que COVID-19 nous apprend sur le droit des vendeurs de rue à la ville ?

Le 31 octobre, officiellement connu sous le nom de Journée mondiale des villes des Nations Unies, a été réinterprété par des militants du monde entier comme la Journée mondiale du droit à la ville. Pour marquer cette date importante, la Plateforme globale pour le droit à la ville (GPR2C) et ses membres ont élaboré une série d’initiatives et de campagnes, connues sous le nom d’Octobre urbain, qui verra sa culmination le 31 octobre. L’ONU-Habitat va également organiser le Jour mondial d’observance à cette date pour célébrer la Journée mondiale des villes, avec le sous-thème « Valoriser nos communautés et nos villes ».

StreetNet International est l’un des membres de la Plateforme mondiale pour le droit à la ville (GPR2C) et d’Octobre urbain, et nous voulons souligner l’importance des vendeurs de rue en tant qu’éléments cruciaux pour des villes dynamiques, démocratiques et inclusives. Nous faisons également écho aux demandes d’ONU-Habitat et demandons une gouvernance urbaine plus participative qui valorise les vendeurs de rue et autres vendeurs informels comme partie intégrante du développement urbain durable.

Quel est le droit à la ville ?

Selon la Plateforme mondiale pour le droit à la ville, le droit à la ville est :

« … le droit de tous les habitants, présents et futurs, permanents et temporaires, d’habiter, d’utiliser, d’occuper, de produire, de gouverner et de profiter de villes, villages et établissements humains justes, inclusifs, sûrs et durables, définis comme des biens communs essentiels à une vie décente ».

Le droit à la ville est un concept qui considère les villes comme des entités sociales, politiques et économiques vivantes. A une époque où les villes du monde entier sont la cible de la privatisation des espaces publics, de la gentrification et de la crise du logement et des infrastructures, le droit à la ville nous rappelle que les espaces urbains ne sont pas exclusivement destinés pour les riches et peuplés par ces derniers, et n’existent pas uniquement pour faire profit.

Le droit à la ville est en corrélation avec l’Objectif de développement durable 11 : Villes et communautés durables et le Nouvel agenda urbain, documents clés qui ancrent définitivement les engagements internationaux visant à développer des villes démocratiques, diversifiées, durables et inclusives pour tous.

Qu’est-ce que cela est lié avec les vendeurs de rue et autres vendeurs informels ?

Alors que l’expansion urbaine s’amplifie à travers le monde avec la croissance de nouvelles villes et mégapoles, les droits et les moyens de subsistance des citoyens sont souvent bafoués par les nouvelles réglementations, la planification urbaine et les investissements. Et lorsque les villes sont assiégées par le profit et la marchandisation, les vendeurs de rue sont l’un des groupes les plus touchés.

Une analyse de WIEGO sur quatre continents a fait découvrir comment les politiques de « nettoyage » des villes impliquaient la destruction des moyens de subsistance des vendeurs de rue. Une législation répressive qui ignore le rôle crucial de l’économie informelle conduit à des expulsions, des démolitions, des violences et des oppressions. Les vendeurs ambulants et les colporteurs sont régulièrement expulsés des centres-villes et d’autres espaces publics, et leurs moyens de subsistance et leur survie sont menacés.

Certains pays ont déjà compris le rôle crucial des vendeurs de rue et des colporteurs en ce qui concerne la durabilité et la démocratisation des espaces urbains. Ces pays et ces villes ont investi dans la gestion commune des marchés publics et dans des politiques conçues pour soutenir la formalisation des vendeurs informels. Ces bonnes pratiques doivent devenir courantes et garantir que les vendeurs de rue, les colporteurs et autres vendeurs informels soient des agents de développement et contribuent au changement des espaces urbains.

Il nous convient de noter que les femmes sont surreprésentées dans l’économie informelle dans les pays en développement et que toute politique visant à exclure les vendeurs informels des espaces publics aura un impact disproportionné en matière de genre, surtout si l’on considère que de nombreuses femmes sont les seules pourvoyeuses de leurs ménages. En outre, chaque fois que la réglementation pénalise les travailleurs de l’économie informelle, les femmes sont exposées à toutes les formes de violences sexistes, en particulier le harcèlement sexuel et l’exploitation.

Il est important de se rappeler que les femmes ont également le droit à la ville et que les politiques urbaines doivent s’attaquer aux inégalités persistantes entre les femmes et les hommes.

Qu’est-ce que le COVID-19 nous a appris sur le droit des vendeurs de rue à la ville ?

La pandémie mondiale a été dévastatrice pour les vendeurs informels. Les expulsions, les démolitions et la violence se sont intensifiées alors que les vendeurs de rue étaient confrontés à un choix impossible : respecter les mesures restrictives de confinement et risquer la famine, ou bien aller travailler et risquer la contamination et la brutalité policière.

Cependant, de nombreux affiliés de StreetNet International ont également pu saisir ce moment pour démontrer comment les vendeurs de rue, colporteurs et autres vendeurs informels peuvent être des agents de santé publique et aider les autorités à gérer la situation critique.

Dans les questions qui vont de la gestion commune de l’espace des marchés jusqu’à la surveillance des réglementations sanitaires ou à la contribution clé aux plans nationaux de relance économique post-COVID-19, StreetNet International et ses affiliés ont prouvé à maintes reprises que les vendeurs informels ne représentent pas un obstacle au développement de la santé, des villes démocratiques et durables, mais sont plutôt des catalyseurs de changement.

La solidarité et la coopération des vendeurs de rue et des autres vendeurs informels sont également une leçon précieuse sur la manière dont la mobilisation des travailleurs de l’économie informelle peut avoir une voix unie pour influencer les politiques publiques. Dans le cadre des campagnes de financement participatif aux projets pilotes générateurs de revenus, en passant par des actions vigoureuses de plaidoyer et de lobbying, les organisations de vendeurs de rue, de colporteurs et de vendeurs transfrontaliers veillent à ce que personne ne soit laissé pour compte.

Quelles sont les priorités internationales pour le développement durable des villes en 2020 ?

L’ONU-Habitat a présenté les principales façons dont nous pouvons valoriser nos communautés et nos villes en 2020 :

–        Valeur économique : l’ONU exhorte les Etats à prendre en compte les organisations communautaires et les travailleurs de l’économie informelle dans la gouvernance et la planification urbaines. Les villes doivent investir pour aider à la transition de l’économie informelle à l’économie formelle d’une manière compatible avec les droits de l’homme et la protection sociale.

–        Valeur sociale : l’engagement communautaire est essentiel à des villes innovantes et inclusives. Les communautés urbaines doivent être impliquées dans la planification et l’élaboration des politiques des villes, et cela comprend des groupes organisés de vendeurs de rue et d’autres vendeurs informels.

–        Valeur environnementale : la dégradation de l’environnement affecte de manière disproportionnée les communautés urbaines défavorisées. Les villes ne peuvent être écologiquement durables tant que ces communautés ne soient pas intégrées dans la gouvernance urbaine participative et que leurs voix ne soient pas entendues.

–        Valeur de l’innovation : des villes flexibles et dynamiques ont répondu avec succès à la pandémie en investissant dans de nouvelles idées et de nouveaux systèmes. Les villes devraient investir pour être accueillantes et encourageantes envers les innovateurs et devenir un terreau fertile pour de nouvelles solutions aux défis persistants.

L’ONU-Habitat résume clairement les recommandations politiques pour intégrer ces priorités : « Pour l’avenir, les managers, les décideurs et les parties prenantes devraient inclure les communautés pour co-créer un autre type de ville, une ville où les communautés peuvent apporter leurs compétences, leurs connaissances et leurs atouts locaux capables d’augmenter les capacités des villes à faire face au changement climatique, aux pandémies potentielles et aux défis urbains de longue date ».

Comment puis-je en savoir plus sur ce sujet et me joindre à vous pour défendre le droit à la ville ?

Vous pouvez suivre les campagnes et l’agenda de la Plateforme globale pour le droit à la ville (GPR2C) pour découvrir des moyens de vous impliquer et joindre la plateforme.

Pour en savoir plus sur le droit à la ville et les vendeurs de rue, colporteurs et autres vendeurs informels, vous pouvez consulter les ressources suivantes :

–        Travailler dans l’espace public : un guide pour les vendeurs de rue (WIEGO et Alliance des villes)

–        Où sont les villes inclusives ? Les vendeurs de rue dans le monde sont confrontés à une hostilité croissante (WIEGO)

–        Vendeurs de rue et droit à la ville (Centre Gaspar Garcia pour les droits de l’homme)

–        Que signifie « le droit à la ville » pour un vendeur de rue à Lima ? (Next City)

–        Droit à la ville : mobilité, santé, sécurité, travail et culture pour tous (UNICAB) [en portugais]