La Conférence internationale du Travail de l’OIT 2021 : Pourquoi StreetNet défendait-elle la sécurité sociale pour tous ?

Pendant la période du 3 au 19 juin 2021, s’est déroulée la première partie de la 109e Conférence Internationale du Travail (CIT), historiquement organisée chaque année par l’Organisation Internationale du Travail (OIT) à la même période. Cette fois, elle s’est déroulée en ligne en raison de la pandémie de Covid-19.

Une fois de plus, le monde du travail, composé de travailleurs, d’employeurs et de gouvernements, s’est réuni sous l’égide de l’OIT pour discuter des principaux défis et orientations à relever par le monde. Cette fois, il ne s’agissait pas d’une recommandation ou d’une convention à développer, mais du débat sur la sécurité sociale.

StreetNet a préparé ses leaders et s’est joint à d’autres réseaux mondiaux représentant les travailleurs de l’économie informelle, tels que  Les femmes dans l’emploi informel : mondialisation et organisation – Wiego, HomeNet International, Fédération internationale des travailleurs domestiques, L’Alliance mondiale des récupérateurs de déchets – GlobalRec et notre affilié, l’Association indienne de femmes exerçant une activité indépendante – SEWA, toujours présent dans les espaces internationaux, à travailler collectivement et sans relâche pour défendre trois points centraux visant à garantir la sécurité sociale pour les travailleurs de l’économie informelle : 1. Représentation égale ; 2. Protection sociale universelle et ; 3. Financement collectif et solidaire de la protection sociale.

Ces trois revendications clés rassemblent des principes qui nous paraissent fondamentaux pour nos membres dans un monde qui a connu la plus grande pandémie de son histoire récente, qui fait face à un nombre massif de chômage, à l’augmentation de l’économie informelle et, de plus en plus, au bien-être des humains qui travaillent sans garantie de droits. Les réseaux mondiaux ont élaboré un document de position sur « L’extension de la protection sociale aux femmes et aux hommes dans l’économie informelle », disponible en : EnglishFrançaisPortuguêsрусский, et Español.

Nous défendons la représentation directe des organisations de travailleurs de l’économie informelle, car nous avons vu que de nombreux efforts de formalisation, observés dans le monde depuis les recommandations 202 et 204, n’ont pas inclus les travailleurs de l’économie informelle dans les espaces de prise de décisions sur le sujet, ce qui a conduit à l’échec des schémas proposés. Nous répétons toujours : Rien pour nous sans nous ! Nous demandons une protection sociale universelle, sachant que les politiques publiques adoptées pour protéger les travailleurs doivent également être étendues aux travailleurs de l’économie informelle. Après tout, nous sommes des travailleurs. Enfin et surtout, nous luttons pour un financement collectif et solidaire de la protection sociale, en soutenant fermement la proposition avancée par l’OIT de créer un fonds mondial de protection sociale, sachant que les pays riches peuvent contribuer à la construction de systèmes de protection sociale dans les pays les plus pauvres. Nous soutenons que la structure qui serait créée pour gérer ce fonds devra être largement représentative et inclure des organisations de travailleurs de l’économie informelle.

Participation active de la délégation de StreetNet

La participation des leaders de StreetNet a été intense. La délégation était constituée des camarades Mme Lorraine Sibanda, présidente, M. Alberto Santana, vice-président, Mme Oksana Abboud, Coordinatrice internationale, Mme Annie Diouf, trésorière, et Mme Jeannette Nyiramasengesho, membre du Conseil international. Nos représentants ont courageusement repris les revendications des vendeurs de rue et ceux de marchés dans des débats, des réflexions communes, de nombreuses séances plénières et des structures collectives. Le 11 juin, notre présidente, Mme Lorraine Sibanda, s’est exprimée en séance plénière aux côtés des leaders mondiaux. Voir la vidéo ci-dessous.

Dans son discours, Lorraine a dénoncé l’impact désastreux de la pandémie de Covid-19 sur nos membres, vendeurs de rue et ceux de marchés : « Covid-19 posa des difficultés énormes aux travailleurs de l’économie informelle, dont beaucoup n’ont accès ni aux protections juridiques ni aux protections sociales, y compris les soins de santé et les services publics, mais ils ont dû subir des restrictions à leur droit au travail ». 

En plus d’évoquer les difficultés résultant des restrictions de travail, Lorraine a exposé la question de l’impact de la pandémie sur les femmes, qui sont les plus touchées puisque sans réseau de soins, elles devaient supporter le fardeau supplémentaire d’être responsable des tâches ménagères et de s’occuper de leur famille, en plus de trouver des moyens de gagner leur vie, un fardeau énorme. En outre, elle a signalé au monde que la diminution de la demande de biens et de services, car les gens étaient empêchés de faire leurs achats dans les rues et les marchés, a entraîné une perte de capital et de moyens de subsistance pour les vendeurs, à court de moyens de subsistance alternatifs.

Pour aggraver les choses, dans la grande majorité des pays où des mesures de transfert d’argent ont été prises par les gouvernements pour amortir l’impact du manque de moyens de subsistance des gens, ils ont laissé de côté les travailleurs de l’économie informelle, ceux qui en avaient le plus besoin.

Toutes ces difficultés réitèrent la nécessité d’une transformation majeure du monde du travail afin que la protection sociale pour tous soit garantie.

Mme Annie Diouf, notre trésorière, a également prononcé un discours sur le CDR – Commission tripartite chargée la discussion récurrente sur la sécurité sociale et a déclaré au monde que StreetNet international, lors de son 6ème Congrès international, a adopté une résolution sur l’extension de la protection sociale aux travailleurs de l’économie informelle.

Elle affirma que « l’extension de la protection sociale à tous les travailleurs de l’économie informelle est une priorité croissante pour les gouvernements et les agences multilatérales. Ainsi, les défis les plus cruciaux pour tous les travailleurs de l’économie informelle qui empêchent leur pleine mise en œuvre et l’exercice de leurs droits et intérêts de travailleurs restent les mêmes : manque de reconnaissance par leurs gouvernements nationaux, manque de protection juridique et sociale, manque de volonté politique de bouger vers des stratégies de formalisation progressive, exclusion de la représentation directe des travailleurs de l’économie informelle à tous les niveaux du dialogue social, accès limité aux espaces publics et aux infrastructures pour gérer leurs petites entreprises, expulsions quotidiennes des vendeurs de rue, qui s’accompagnent généralement d’actions violentes et brutales ».

La participation de StreetNet est allée encore plus loin, jusqu’à l’événement parallèle qui a lieu à cette occasion, l’école nordique. Mme Jeannette Nyiramasengesho a représenté SNI et a contribué en apportant la perspective de StreetNet aux camarades du monde entier. Elle a signalé l’impact négatif de la pandémie sur les vendeurs de rue et de marchés, citant des cas de pays et les réponses que StreetNet International a données à Covid-19 : collecte de données et d’informations auprès de ses affiliés ; faciliter la communication et le partage d’expériences entre ses affiliés ; encourager ses affiliés à collaborer avec leurs gouvernements et d’autres acteurs en matière des plans de relance économique ; et le lancement de campagnes en ligne sur le financement participatif. Elle a également présenté les stratégies et le travail de plaidoyer du SNI mené en faveur des travailleurs de l’économie informelle, les recommandations et les meilleures pratiques trouvées parmi nos affiliés.

Où sommes-nous arrivés et où allons-nous ?

A la fin de la Conférence, l’OIT a lancé un document final qui a été adopté par la Commission tripartite chargée de la discussion récurrente sur la sécurité sociale, les « Rapports de la Commission chargée de la discussion récurrente : Protection sociale (sécurité sociale) : résolution proposée et conclusions soumises à la Conférence pour adoption », accessibles en anglais, français et espagnol.

Notre programme de travail à l’OIT est un grand effort collectif pour insérer les questions des travailleurs de l’économie informelle, et du secteur de la vente ambulante dans le monde du travail et bien que nos voix résonnent déjà dans cet espace, à la suite de nombreuses années de pression et plaidoyer, les résultats sont encore insatisfaisants. Wiego a analysé comment nos demandes ont été reflétées dans les discussions de la CIT et a adopté des conclusions dans le document de déclaration finale de « Wiego ILC Nets », disponible en anglais. Aussi, il est possible d’entendre les commentaires de notre coordinatrice internationale Oksana Abboud et d’autres réseaux alliés sur un épisode de podcast, développé par Wiego, sur la protection sociale et les résultats de la CIT 2021, disponible ici.

La deuxième partie de la 109e session de la conférence de l’OIT devrait se tenir virtuellement du 25 novembre au 10 décembre 2021 et se concentrera sur « Inégalités et monde du travail » et « Groupe de travail chargé de la discussion générale : Compétences et apprentissage tout au long de la vie ».

Dans la première étape de la CIT 2021, notre équipe de représentants s’est surpassée, malgré toutes les difficultés, en utilisant la technologie et les différents fuseaux horaires pour participer activement aux débats et réunions en ligne de la Conférence. Dans ce deuxième moment, nous serons encore plus préparés et affûtés pour porter le drapeau des droits des vendeurs de rue et de marché vers la construction de l’égalité et de la justice économique pour TOUS.