Comment les vendeurs ambulants du Congo ont amélioré la vie des commerçants à la frontière

Par Irene Doda
13 juin, 2024
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Assovaco, une association de vendeurs informels opérant aux frontières entre la RDC, le Rwanda et le Burundi, a réussi à établir une procédure simplifiée pour le petit commerce transfrontalier, malgré les nombreux défis.

Assovaco est l’un des trois associés de StreetNet en République Démocratique du Congo (RDC), l’un des plus vastes pays d’Afrique, partageant des frontières avec plusieurs nations voisines : la Zambie, l’Angola, le Rwanda, l’Ouganda, le Burundi, la République centrafricaine, le Congo Brazzaville, le Soudan du Sud et la Tanzanie.

Assovaco est basée dans l’est du pays, à la frontière du Rwanda et du Burundi. Le commerce transfrontalier est un moyen de subsistance essentiel pour les vendeurs les plus pauvres de cette région. Selon les informations les plus récentes, 85 % des membres d’ASSOVACO sont des vendeurs transfrontaliers informels. Ils ont un bureau à Goma, Nord Kivu et un autre à Uvira, Sud Kivu. Le bureau le plus grand est celui de Uvira. 

La frontière entre la RDC, le Burundi et le Rwanda

Dans le cadre d’un projet visant à autonomiser les vendeurs transfrontaliers informels en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, l’organisation a travaillé avec d’autres affiliés du Burundi et du Rwanda en 2022 et 2023 (vous pouvez en savoir plus sur les deux phases du projet ici). En 2023, ASSOVACO a réussi à négocier avec les autorités frontalières la création d’un guichet unique pour tous les vendeurs frontaliers dans trois villes de la RDC.

Simplifier le passage des frontières

La camarade Micheline Feza, représentante d’ASSOVACO, nous a parlé du succès des négociations de son organisation avec les autorités frontalières.

« Beaucoup de nos petits commerçants vendent du palmier et se déplacent en bateau sur le lac Kivu ou à dos d’âne, explique-t-elle, autrefois, il y avait tellement d’impôts que de nombreux commerçants ont décidé de quitter leur activité et se sont retrouvés au chômage. Il existe par exemple des taxes techniquement réservées aux gros commerçants, mais qui sont imposées aux petits. Nous avons donc décidé d’en parler aux autorités ».

ASSOVACO a mené une négociation avec la DGDA, la Direction Générale des Douanes, l’Office congolais de Contrôle OCC (en charge des contrôles de sécurité) et certains représentants du ministère de l’Economie. L’objectif consistait à exonérer certaines catégories de marchandises de droits de douane et, si les petits commerçants étaient dans l’incapacité de le faire, d’introduire une taxe unique dans le but de simplifier l’intégralité de la procédure.

« C’est pourquoi nous avons introduit le guichet unique. Les commerçants disposent d’un jeton grâce auquel ils peuvent traverser la frontière. La taxe demandée au guichet unique dépend du type de marchandise, mais ne dépasse pas 5 dollars. La négociation a été un succès. Actuellement, la vie de nos commerçants s’est considérablement améliorée ». 

ASSOVACO a réussi à mettre en place trois guichets uniques le long de la frontière orientale : un à Goma, un autre à Bukavu, deux villes frontalières avec le Rwanda, et le troisième à Uvira, à la frontière avec le Burundi. Actuellement, le guichet de Goma est fermé, en raison du conflit armé en cours dans la région. Pourtant, les deux autres sont opérationnels et en parfait état de fonctionnement, influençant de manière significative l’activité des travailleurs.

Les membres en réunion

Relever les défis des vendeurs transfrontaliers

Les vendeurs transfrontaliers en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale font face à d’importants défis, parmi lesquels figure la surtaxe. La bureaucratie et le manque de transparence de ce régime fiscal sont un fardeau pour les vendeurs les plus défavorisés, qui sont souvent les plus affectés par des dispositifs trop complexes et tordus. 

Depuis de nombreuses années, les syndicalistes et les activistes ont cherché à diminuer les charges bureaucratiques : en 2010, le COMESA (Marché commun de l’Afrique orientale et australe) a mis en place les « régimes commerciaux simplifiés », un dispositif spécifique visant à diminuer les taxes et la bureaucratie pour les commerçants qui vendent des marchandises d’une valeur inférieure à 2000 USD. Les régimes commerciaux simplifiés ont réussi à protéger les plus vulnérables, ce que les accords de libre-échange classiques parviennent rarement à faire.

Une image du lac Kivu

Comment le guichet unique a changé la vie des vendeurs

Les vendeurs transfrontaliers ont trouvé une solution à certains de leurs problèmes, grâce à l’initiative d’ASSOVACO. Vumi Palata, une vendeuse basée à Uvira, nous dit à quel point elle est reconnaissante pour cet effort : « Chapeau bas à ASSOVACO pour avoir mis en place le guichet unique. Dans mes activités, j’ai commencé à réaliser quelques petits profits. Cependant, lorsque le guichet unique n’existait pas, j’ai été bousculée dans de nombreux bureaux ». 

Un autre vendeur de la ville de Mulongwe fait écho à une expérience similaire : « Avec nos petites marchandises, nous faisions la queue dans de nombreux bureaux. Avec l’arrivée du guichet unique, la situation s’est grandement améliorée. Maintenant il n’y a qu’un seul bureau et nous sommes bien accueillis ». Le vendeur Riziki Senenda, d’Uvira, raconte avoir pu emporter 10 cartons de marchandises et traverser facilement la frontière. Malgré les défis du conflit en cours, les vendeurs ont trouvé une solution partielle à leurs problèmes.

« Avec plusieurs bureaux opérant à la frontière, il y avait davantage de risques harcèlement de la part des autorités », conclut Bisimwa Kabwana Aimable, vendeur de volailles entre le Rwanda et le Congo, cependant, avec le guichet unique, nous pouvons présenter une somme d’argent et la remettre à une ou à deux personnes qui gèrent plusieurs services. Cela nous permet de passer sans aucun souci. Vive ASSOVACO RDC ! Vive nos membres ! »